Comprendre le stress

 

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 Grands stress, petits stress, les uns en meurent, les autres en tirent profit. Tous, nous y sommes soumis. Ami ou ennemi selon l'usage que nous en faisons, le stress est d'abord un phénomène naturel. Biologiquement, le stress a les couleurs de la vie. Aussi naturel, aussi indispensable, il est le mécanisme normal et nécessaire qui assure l'équilibre de notre "milieu intérieur".

 Le mot, emprunté à l'anglais, prend chez nous trop souvent le sens vague d'une déprime que l'on n'oserait nommer. On prononce "stress" et l'on pense "agression". On dit qu'on est stressé quand on veut dire tendu, surmené, fatigué, sous pression. Sait-on qu'on peut être stressé aussi pour un gain d'un million au loto, un coup de chance, un coup de foudre, un bonheur qu'on n'attendait pas ? Le stress est, au sens propre, une stimulation et, comme telle, peut être positif autant que négatif. On peut lui donner la couleur de la joie ou du malheur, il n'en porte pas moins toujours le même nom sous lequel on désigne un système d'actions et de réactions, de stimulations et de réponses dont chacun d'entre nous est à son tour le jouet, du jour de sa naissance à l'heure de sa mort.

Pour le scientifique, le stress est l'ensemble des processus physiologiques qui permettent de stabiliser les fonctions vitales de l'organisme, comme la composition du sang ou la température interne du corps. C'est un système de réponse et d'adaptation parfaitement codifié qui tempère et régularise par réflexe l'horloge interne qui est le balancier de notre santé. Que nous mangions une boîte entière de truffes au chocolat ou sortions en plein hiver sans manteau, notre sang n'en gardera pas moins un taux de sucre normal et nous n'entrerons pas en état d'hibernation. Ce phénomène permanent d'autorégulation et d'adaptation aux agressions quelles qu'elles soient porte le nom savant d'homéostasie.

Dans la vie, les choses se compliquent parfois. Car si la nature humaine a besoin pour agir de réagir, pour exister d'être stimulée, elle a aussi ses limites. Lorsque l'agression est trop violente, ou répétitive, la faculté physiologique de réponse de l'organisme peut être dépassée, le métronome s'affole et se dérègle et le corps devient vulnérable à la souffrance et la maladie. Le stress est devenu pathologique.

Ce qui est supportable pour les uns peut être dangereux pour d'autres. Un joggeur entraîné éprouve, à courir longtemps, une joie indicible, un bien-être profond qui augmente avec la distance parcourue. Un intellectuel surmené, croyant se délasser, court sans préparation le dimanche, et s'écroule, le souffle court, le corps épuisé. Lorsque le stress est excessif, le corps se défend mais se défend mal.

D'autant qu'aux stress physiques s'ajoutent les stress psychologiques plus complexes, heureux s'ils sont positifs, mais aussi douloureux et dangereux lorsqu'ils deviennent pathologiques. C'est probablement cette confusion des genres, corps et esprit mélangés, qui nous rend si sensibles, si fragiles aux stress de la vie quotidienne.

 

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DEFINITION

Le stress est ainsi l'association de deux éléments obligatoires et indissociables :

  • une agression ou stimulation
  • la réponse de l'organisme à cette agression

Il y a stress chaque fois qu'il y a agression et réponse à cette agression.

La stimulation peut être :

  • physique : coup, blessure, douleur, mais aussi baiser, caresse, câlin ;
  • psychologique ou émotionnelle : contrainte, peur, insatisfaction, mais aussi joie, amour, tendresse.

La réponse est toujours biologique, elle permet l'adaptation de notre organisme à l'agression.

Cette réponse est stéréotypée,  elle déclenche chaque fois les mêmes mécanismes d'adaptation au niveau du cerveau, et emprunte les mêmes voies, les mêmes circuits. Elle se traduit par un ensemble de sécrétions hormonales et de modifications biologiques, responsables à leur tour des différentes manifestations symptomatiques, fonctionnelles ou organiques, bonnes ou mauvaises.

On en connaît les effets les plus visibles : coeur qui bat la chamade, rougeur, pâleur, chair de poule ou transpiration, tandis que notre organisme fabrique sucre et graisse en plus grande quantité afin de produire l'énergie supplémentaire dont il a besoin pour résister à une situation exceptionnelle.

Cette réponse est non spécifique, car, quelle que soit l'agression, physique, psychique ou émotionnelle, la réponse biologique est toujours du même type. En d'autres termes, gagner au loto produit les mêmes effets biologiques que l'annonce d'un contrôle fiscal et peut présenter les mêmes risques pour le coeur. Hans Selye, auquel on doit tout ce que l'on sait aujourd'hui sur le stress, le définissait comme "la réponse non spécifique de l'organisme à toute demande qui lui est faite". Cette réponse déclenche ce que Selye appelait le "syndrome général d'adaptation" (SGA).

Le froid, la chaleur, un traumatisme physique, la maladie, la douleur, sont des facteurs de stress au même titre que les émotions, la peine, la peur, la contrainte, l'échec et la réussite. Ils provoquent tous la même réponse au niveau du cerveau et produisent les mêmes effets physiologiques avec leurs conséquences bénéfiques ou néfastes pour tel ou tel organe.

Selye compare notre cerveau à une banque munie d'un système d'alarme relié à un poste de police. Quel que soit le mode d'effraction utilisé pour pénétrer dans la banque, l'alarme sera déclenchée et entraînera l'intervention de la police qui serait l'équivalent de notre réponse biologique.

Plus l'agression est importante, plus les mécanismes biologiques et psychologiques d'adaptation mis en jeu sont intenses, et plus les conséquences sont sensibles. Quand l'agression est trop violente, les moyens de défense peuvent devenir inefficaces. L'individu est alors en danger.

On connaît aujourd'hui la géographie interne du stress, enchaînement quasi implacable de sécrétions hormonales (adrénaline et cortisol) qui met en jeu le système sympathique et deux glandes maîtresses situées à la base du cerveau : l'hypothalamus et l'hypophyse.

Si les effets internes, stimulants ou dévastateurs du stress sont silencieux, ses manifestations extérieures sont parfois bruyantes et violentes : troubles du comportement, mouvements d'humeur, nervosité, irritabilité, ou joie, rire, excitation, dynamisme. Plus graves sont les réelles pathologies, psychiques ou physiques, engendrées par un excès de stress, en durée ou en intensité, et le dysfonctionnement hormonal qui en est la conséquence. La dépression, dite réactionnelle, apparaissant après un événement douloureux, deuil ou échec par exemple, traduit souvent un excès de cortisol dû au stress, tandis qu'une hypertension artérielle est généralement la manifestation d'une sollicitation importante du système sympathique.

Physique ou mentale, la santé humaine est affaire d'équilibre. Dévoyé de son sens, détourné par le langage commun, le mot "stress" a perdu sa réalité biologique fondamentale. Même un long fleuve tranquille coule, de sa source à la mer. Le stress est le courant, le mouvement qui nous pousse à nous éveiller le matin, à bouger, à vivre tout simplement. Sans stimulation aucune, sans stress, c'est l'ennui, la déchéance progressive de l'organisme, et finalement la mort. Mis à la retraite prématurément, un homme, jusque-là actif, dépérit souvent, tombe malade et s'éteint doucement.

A l'inverse, l'excès de stress, le surmenage, les problèmes de tous ordres quotidiennement accumulés, provoquent des troubles, des maladies, diverses selon l'individu, et toujours un vieillissement prématuré. Comme diraient les enfants, un peu de stress c'est bien, trop de stress (surtout pour ceux qui n'y sont pas préparés), bonjour les dégâts !

Aiguillon psychologique et physiologique, le stress est indispensable à la vie qui, sans lui, serait comme un sommeil de plomb. Les choses de la vie parfois nous dépassent et, par leur ampleur excessive ou par l'incapacité dans laquelle nous sommes de les supporter, bons ou mauvais stress peuvent déclencher dans notre organisme des mécanismes perturbateurs.

Le stress est l'essence même de la vie. Le silence infini, l'immobilisme total, l'indifférence absolue, ressemblent à la mort. Le mouvement, l'enthousiasme, la colère sont signes qu'on existe. L'homme peut supporter la chaleur et le froid, la guerre et la peur, et même, dans certains pays du tiers monde, la famine. Contre les stress insidieux, incessants, chroniques, que sécrète, comme une mauvaise bile, la société actuelle, l'individu est seul et désarmé. A coup d'embouteillages, de divorces, de métros en grève, boulots précaires, dodos ratés, la France dérape dans les tranquillisants, l'insomnie et la déprime. Agressé en permanence par son environnement, son milieu professionnel, parfois par des difficultés personnelles, victime du bruit, d'une mauvaise alimentation, de la pollution et d'une hygiène de vie déplorable, d'individu craque, plus ou moins vite, plus ou moins fort.

Certains cadres ou chef d'entreprise s'épanouissent dans le stress, d'autres en meurent, trop tôt, d'un infarctus. L'ont-ils voulu, l'ont-ils seulement envisagé ?

Car là est sans doute la frontière entre celui qui dirige sa vie et celui qui la subit. La sagesse est de ne pas sous-estimer ni surestimer ses propres capacités de résistance et d'adaptation. La santé, le bien-être dépendent de notre volonté et de la connaissance que nous avons de nous-mêmes. Notre véritable ennemi est l'inconscience et, pire encore, l'ambition démesurée dont les dégâts s'énoncent en termes statistiques : chaque année, 150 000 français de plus souffrent de dépression, on meurt d'infarctus de plus en plus jeune, le nombre de suicides chez les cadres et les adolescents augmente de 25 % par an, et plus de 8 millions de nos concitoyens dorment mal.

Il est grand temps pour notre société de s'interroger. Il est temps aussi pour chacun, s'il n'est pas masochiste, d'apprendre à dominer ses stress.

 

Réaction au stress ou Syndrome Général d'Adaptation

 

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La réaction d'adaptation au stress définie et étudiée par Hans Selye est appelée syndrome général d'adaptation, ou SGA. Chaque fois qu'il y a stress, il y a SGA, et inversement, un événement, une situation, une agression ne sont des facteurs de stress que lorsqu'ils provoquent un SGA.

Le SGA représente toutes les modifications non spécifiques produites dans l'organisme par le stress. Plus le stress est important, plus le SGA est important. On peut ainsi apprécier l'intensité d'un stress par l'intensité de l'ensemble des perturbations psychologiques, biologiques et organiques qui font le syndrome général d'adaptation.

Le SGA se déroule en trois phases :

  • une phase d'alarme,
  • une phase de résistance,
  • une phase d'épuisement.

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Et, comme bien des réactions humaines, c'est sur le rat qu'on a pu en observer scientifiquement les effets.

Si on place des rats dans une chambre frigorifique, donc à très basse température, ils présentent à l'autopsie, pratiquée 48 h plus tard, plusieurs anomalies, dont 3 sont caractéristiques de la phase d'alarme :

  • une hypertrophie des glandes surrénales,
  • des ulcères à l'estomac,
  • une atrophie du thymus et des ganglions.

Si on poursuit l'expérience pendant plusieurs semaines, en abaissant de plus en plus la température, les rats s'habituent. Ils s'adaptent. Après une phase d'amaigrissement, ils reprennent même du poids. La capacité de défense de leur organisme augmente et dépasse son niveau habituel. C'est la phase de résistance.

Si l'expérience se prolonge, pendant plusieurs mois par exemple, la capacité de résistance diminue, les facultés d'adaptation au froid s'amenuisent et finissent par s'effondrer, entraînant la cachexie et la mort. C'est la phase d'épuisement.

Il n'est pas nécessaire que ces trois phases se produisent pour qu'on parle de SGA. Seul un stress particulièrement grave et prolongé aboutit à la phase finale d'épuisement et à la mort, et heureusement cette catégorie de stress ne représente qu'une petite minorité de cas. Le plus souvent, on ne constate que les deux premières phases, d'alarme et de résistance.

 

La phase d'alarme : les signaux d'alerte du stress

Les symptômes de la phase d'alarme sont fonction du tempérament -le calme, c'est évident, manifestera moins que le nerveux- et du degré de l'effet de surprise : on réagit plus fort, et en tout cas plus spontanément, à quelque chose qu'on n'attend pas. On peut s'agiter, perdre le contrôle, crier, ou au contraire ne plus savoir que faire, être prostré, rougir ou pâlir, avoir un malaise, une chute ou une élévation brutale de tension, la bouche sèche, la respiration et les battements du coeur rapides, être saisi d'une crise d'angoisse ou de panique, avoir un noeud à l'estomac, une douleur fulgurante au ventre ou une envie brutale d'aller à la selle... tous les symptômes traduisant le désarroi, psychologique ou physiologique, sont possibles et plus ou moins violents selon les circonstances, ou plus exactement selon le degré de maîtrise que l'on a de la situation. Cette phase de détresse, provoquée par une agression imprévue, peut durer quelques minutes ou plusieurs heures pendant lesquelles le système biologique de défense intervient dans l'urgence pour assurer "la survie" ou plus généralement l'équilibre du milieu intérieur.

Quand le choc psychologique est trop violent, il peut dépasser la capacité d'adaptation et entraîner une inhibition totale ou, au contraire, une agitation incontrôlée pouvant conduire à des actes irréfléchis.

Dans le premier cas, toute forme d'expression, même la plus physique, devient impossible. Le blocage est total. On est incapable de faire un seul geste, même vital. On voit parfois, lors d'un accident violent, d'un séisme ou d'un incendie, certains témoins tétanisés ne pas se sauver ou sauver une victime, toute réaction abolie, toute pensée anéantie pour un moment.

Dans l'autre cas, c'est l'acte irraisonné, irrésistible, la "folie" momentanée et suicidaire de l'homme affolé qui court sous les bombardements. Chez un cardiaque, un traumatisme émotionnel violent peut entraîner, pendant cette phase d'alarme, la mort subite par incompatibilité d'adaptation.

Comme la chair de poule répond au froid et la violence irraisonnée à l'injustice, des manifestations, des attitudes, des comportements anarchiques en apparence sont l'expression des bouleversements physiques et psychologiques auxquels nous sommes brutalement soumis.

 

La phase de résistance : on s'habitue à tout, même au stress

Comme une sirène qui s'éteint, la phase d'alarme s'achève quand commence la période d'adaptation à la situation qui est la phase de résistance. Les mécanismes réflexes d'autorégulation se mettent en route, la défense biologique s'organise pour faire face à la situation, toutes nos énergies se mobilisent pour tenter de rétablir et maintenir un semblant d'équilibre.

Tant que l'agression persiste, l'organisme résiste par un jeu complexe de modifications métaboliques et de sécrétions hormonales excessives, c'est-à-dire supérieures au niveau physiologique habituel. Comme un moteur en surchauffe, les fonctions naturelles s'emballent. Conséquence inévitable : les organes souffrent, et si cette phase de résistance se prolonge, on peut constater des lésions au coeur ou à l'estomac, une baisse des défenses immunitaires, ou des problèmes dermatologiques, articulaires...

Pendant cette phase, la vulnérabilité au stress est plus grande, la résistance s'effrite et l'adaptation simultanée à plusieurs stress devient moins efficace. Une période de deuil, de divorce, de chômage ou de longue maladie, par exemple, correspond à une phase de résistance. Si d'autres facteurs de stress surviennent au même moment, l'effet cumulatif les rendra plus difficilement supportables. Il est des limites à la capacité humaine de résistance ; nul ne peut combattre sur tous les fronts, et la fameuse "loi des séries" a fait bien des victimes. Elle pourrait d'ailleurs se comprendre autrement : un chômeur tombera plus facilement malade parce qu'il est plus vulnérable à l'agression microbienne, et une femme qui vient de perdre un enfant ne supportera plus la moindre émotion.

C'est pendant que l'individu est tout entier mobilisé pour se défendre et résister qu'apparaissent les troubles dus au stress.

Généralement, ils cessent lorsque la cause, elle-même, disparaît. Mais, si l'agression se prolonge, si le stress n'est pas soudain mais chronique, les troubles s'installent et deviennent permanent.

 

La phase d'épuisement : la défaite

La phase d'épuisement est la phase terminale de la lutte de l'homme contre le stress. La capacité de résistance de l'organisme s'effondre. L'individu n'a plus de forces, ni psychologiques ni biologiques, pour faire face. C'est la phase d'usure. Alors apparaissent les maladies graves. Il est peu de stress susceptibles d'entraîner la mort. Mais on peut -le cas n'est pas rare- mourir d'une maladie déclenchée ou favorisée par le stress. Le stress évolue en fait rarement vers la phase d'épuisement.

Ce que l'on vit au quotidien, c'est une répétition, une succession de phases d'alarme et de petites phases de résistance.

Certains le supportent très bien mais le plus souvent, lorsqu'on est agressé physiquement ou psychologiquement, on accuse le coup. Puis on "réagit", c'est-à-dire qu'on s'adapte, bon gré mal gré, on s'accommode comme on peut. On prend l'habitude de ne pas vivre très bien, de vivre triste, speed, frustré, malheureux. On entre ainsi dans un processus de rumination psychologique, qui perpétue l'agression, donc la phase de résistance et le dysfonctionnement des sécrétions hormonales.

La durée ou le caractère répétitif du stress sont évidemment les causes premières de troubles ou de maladies : mieux vaut une crise, une dispute, que des reproches lourds et inexprimés. Une scène violente, mais courte, fait moins de mal qu'une fâcherie prolongée, une atmosphère tendue, une situation pesante qui s'éternise.

Mais la nature même du stress est aussi en cause. Il est en somme des stress moins stressants que d'autres, auxquels on résiste et dont on se libère mieux.

Un stress prolongé mais localisé, aussi pénible soit-il sur le moment, disparaît généralement sans laisser de trace si l'on sait prendre un minimum de précautions.

 

 

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